Retour de manivelle
Midi, dans une petite rue pansienne quasi déserte. Une musique
aigrelette grimpe à l'assaut des immeubles tandis qu'une bonne
grosse voix met en branle la sacro-sainte rengaine de L'Amant de la
Saint-Jean. Les rideaux frémissent, les fenêtres s'ouvrent,
les pièces tombent sur le joueur d'orgue de Barbarie. Oh !
pas une pluie d'or mais de quoi gonfler son porte-monnaie...
«On conseille toujours aux gens d'entourer la pièce avec
un billet, c'est plus sûr !, »
commente en riant Riton la Manivelle, le bien nommé. Mais la
rue ne rapporte pas si mal que ça, ce qui explique le regain
de chomeurs qui s'achètent un orgue de Barbarie et la recrudescence
de faux orgues avec un magnétophone dedans. " A raison de 20
000 F l'instrument et les cartons (500 F l'unité), encore faut-il
pouvoir investir. Comédien (actuellement dans la pub MacDo
à la télé), ex-mime de rue, Riton s'est recyclé
chanteur ambulant il y a sept ans, faute de contrats. ..
«Le plus difficile a été d'apprendre à chanter
sur le tas.Toutes ces chansons, tous ces rythmes, j'ai mis deux ans
à me caler. Et j'en ai eu des extinctions de voix ! »
De On n'est pas là pour se faire engueuler au Petit Bal perdu,
en passant par La Javanaise, le répertoire de l'ami Riton ne
manque pas de fibre. «J'aimerais interpréter plus d'airs
révolutionnaires comme Les Canuts, de Bruant, ou Les Mains
blanches, par exemple, de Montéhus, ce chansonnier humanitaire
du début du siècle qui stigmatisait les aristocrates
en louant le monde ouvrier», confie ce " Moustache " engagé,
pilier de nombreuses associations dans son quartier de la porte de
Montreuil.
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«.. Pour moi, le politique passe par la rue. Aujourd'hui, les
gens ont peur de cet espace public envahi par la pauvreté,
la drogue, la prostitution. Il faut donc le réinvestir. L'art
et la culture sont là pour ça. »
Et Riton aussi, qui ne ménage pas ses efforts, devisant avec
tout un chacun entre deux chansons, levant le coude quand il le faut.
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« Pas trop quand même car je serais mort si je buvais tout
ce qu'on m'offre, s'esclaffe-t-il. C'est vrai que le public vient
spontanément vers moi parler du passé, de la jeunesse,
du temps où il y avait de l'espoir. »
Au présent, Riton, quant à lui, est comblé. Liberté
des horaires, contacts avec les gens, il ne deviendra pas SDF. Une
assurance qui lui donne une «puissance insensée».
Et nous, un petit plaisir supplémentaire pour oublier le poids
du monde l'espace de quelques secondes.
Rosita Boisseau
Riton la Manivelle, 01 53 82 02 15
Régulièrement sur le marché de la place de la
Réunion, 20e, dans les cafés Le Vieux Belleville
(12, rue des Envierges, 20e, les 26 févr., 12,19 et 26 mars);
Le Galopin (32, rue Sainte-Marthe, lOe, le 27 mars).
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