avec Riton La Manivelle

Télérama Paris N° 270 - 18 février 1998


Menus Plaisirs

A l'heure où l'on redécouvre les vertus de "plaisirs minuscules",
émerveillons-nous,
au gré des rues,
de quelques précieux artisans de ces petits riens qui nous apportent beaucoup.

Porteuse de café souriante, passeur de gué toujours gai ou joueur d'orgue.

Retour de manivelle

Midi, dans une petite rue pansienne quasi déserte. Une musique aigrelette grimpe à l'assaut des immeubles tandis qu'une bonne grosse voix met en branle la sacro-sainte rengaine de L'Amant de la Saint-Jean. Les rideaux frémissent, les fenêtres s'ouvrent, les pièces tombent sur le joueur d'orgue de Barbarie. Oh ! pas une pluie d'or mais de quoi gonfler son porte-monnaie...
«On conseille toujours aux gens d'entourer la pièce avec un billet, c'est plus sûr !, »
commente en riant Riton la Manivelle, le bien nommé. Mais la rue ne rapporte pas si mal que ça, ce qui explique le regain de chomeurs qui s'achètent un orgue de Barbarie et la recrudescence de faux orgues avec un magnétophone dedans. " A raison de 20 000 F l'instrument et les cartons (500 F l'unité), encore faut-il pouvoir investir. Comédien (actuellement dans la pub MacDo à la télé), ex-mime de rue, Riton s'est recyclé chanteur ambulant il y a sept ans, faute de contrats. ..
«Le plus difficile a été d'apprendre à chanter sur le tas.Toutes ces chansons, tous ces rythmes, j'ai mis deux ans à me caler. Et j'en ai eu des extinctions de voix ! »
De On n'est pas là pour se faire engueuler au Petit Bal perdu, en passant par La Javanaise, le répertoire de l'ami Riton ne manque pas de fibre. «J'aimerais interpréter plus d'airs révolutionnaires comme Les Canuts, de Bruant, ou Les Mains blanches, par exemple, de Montéhus, ce chansonnier humanitaire du début du siècle qui stigmatisait les aristocrates en louant le monde ouvrier», confie ce " Moustache " engagé, pilier de nombreuses associations dans son quartier de la porte de Montreuil.

«.. Pour moi, le politique passe par la rue. Aujourd'hui, les gens ont peur de cet espace public envahi par la pauvreté, la drogue, la prostitution. Il faut donc le réinvestir. L'art et la culture sont là pour ça. »
Et Riton aussi, qui ne ménage pas ses efforts, devisant avec tout un chacun entre deux chansons, levant le coude quand il le faut. ~
« Pas trop quand même car je serais mort si je buvais tout ce qu'on m'offre, s'esclaffe-t-il. C'est vrai que le public vient spontanément vers moi parler du passé, de la jeunesse, du temps où il y avait de l'espoir. »
Au présent, Riton, quant à lui, est comblé. Liberté des horaires, contacts avec les gens, il ne deviendra pas SDF. Une assurance qui lui donne une «puissance insensée».
Et nous, un petit plaisir supplémentaire pour oublier le poids du monde l'espace de quelques secondes.

Rosita Boisseau

 

Riton la Manivelle, 01 53 82 02 15

Régulièrement sur le marché de la place de la Réunion, 20e, dans les cafés Le Vieux Belleville (12, rue des Envierges, 20e, les 26 févr., 12,19 et 26 mars); Le Galopin (32, rue Sainte-Marthe, lOe, le 27 mars).


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